Pourquoi je dessine uniquement au stylo Bic bleu
Par Mikl ·
Quand on découvre mes dessins en exposition ou sur Internet, la question revient presque toujours : « Vous faites ça avec juste un stylo Bic ? » Et la réponse est oui — uniquement avec un stylo Bic bleu, celui qu'on retrouve dans tous les tiroirs, dans toutes les trousses, dans toutes les poches de chemise. Pourquoi ce choix ? Au départ, par pure simplicité. Et puis, au fil des dessins, c'est devenu bien plus que ça.
Tout commence par une question pratique
Avant le Bic, je dessinais au crayon et au feutre noir. Déjà, je cherchais quelque chose de simple, sans préparation, sans rituel compliqué. Pour peindre à l'huile par exemple, il te faut une toile, des tubes de peinture, des pinceaux, de l'huile, de la térébenthine. Sans un vrai atelier, tu passes ton temps à tout sortir et à tout ranger à chaque session.
Avec un stylo Bic, tu prends une feuille, tu prends ton stylo, et tu dessines. C'est tout. Tu peux le faire chez toi, dans le train, dans une salle d'attente. Pas de préparation, pas de matériel à transporter, pas d'excuse pour ne pas s'y mettre.
Un jour, je suis tombé sur des œuvres réalisées au Bic sur Internet et j'ai été bluffé. Je ne pensais pas qu'on pouvait obtenir autant de finesse, autant de nuances, autant d'expression avec un outil aussi banal. Ça m'a donné envie d'essayer.
La dame au collier, mon premier dessin sérieux au Bic
Mon premier vrai dessin au Bic, je l'ai fait dans ma voiture. J'attendais mon fils qui passait son BTS. Pour tuer le temps, j'avais pris une feuille et un stylo bleu, et je me suis lancé. C'est devenu La dame au collier, un portrait que tu peux retrouver dans ma galerie aujourd'hui.
Quand j'y repense, c'est presque symbolique : ce dessin résume tout ce que j'aime dans le Bic. N'importe où, n'importe quand, avec rien. Pas besoin d'un atelier, pas besoin de conditions parfaites. Juste une feuille, un stylo, et du temps à occuper.
Vivre avec l'erreur (et l'accepter)
Le stylo Bic, contrairement au crayon, c'est définitif. Tu ne peux pas effacer. Quand tu poses un trait, il est posé. Cette contrainte, qui pourrait paraître paralysante, est pour moi un moteur. Elle te force à réfléchir avant chaque coup de stylo, à ralentir, à observer.
Et quand l'erreur arrive — parce qu'elle arrive toujours — il faut composer avec elle. Un trait qui dépasse, une tache d'encre inattendue : souvent, tu peux l'intégrer au dessin, la faire disparaître dans une zone d'ombre, la transformer en détail. C'est presque un dialogue avec le médium.
Le moment le plus délicat, c'est le remplissage des fonds. En théorie, je devrais commencer par là, comme ça si un stylo bave ou si je déborde, ce n'est pas grave. Mais j'aime bien terminer par le fond. Du coup, je suis particulièrement vigilant à cette étape — un dessin de 30 heures peut se gâcher en quelques secondes si on n'est pas attentif.
Une démarche humaniste qui s'est révélée d'elle-même
Au départ, mon choix du Bic bleu était purement pratique et esthétique. Mais quelque chose s'est passé au fil des portraits. J'ai dessiné des hommes blancs, des femmes asiatiques, des visages noirs, des icônes de tous horizons. Et en regardant mes dessins côte à côte, je me suis rendu compte d'une chose simple : il n'y a plus de différence visible entre eux.
Le bleu uniforme gomme toutes les couleurs de peau. Il efface, sans le vouloir, ce qui sépare habituellement les visages dans nos représentations. Ne restent que l'expression, le regard, l'émotion. L'individu, à l'état pur.
Cette dimension humaniste, je ne l'avais pas anticipée. Elle s'est révélée d'elle-même, en accumulant les portraits. Aujourd'hui, c'est devenu un sens profond de mon travail. Mes dessins ne montrent plus seulement des visages — ils proposent une vision unifiée de l'humanité, sans étiquette, sans catégorie.
Un outil banal, mais des possibilités infinies
Ce que j'aime aussi avec le Bic, c'est qu'il démocratise l'art. Tout le monde a un Bic chez soi. Tout le monde peut essayer. Il n'y a pas de barrière financière, pas de matériel pro à acheter, pas d'excuse pour ne pas se lancer.
Le stylo Bic démocratise l'art : tout le monde en a un dans un tiroir, et tout le monde peut essayer.
Et pourtant, à force de pratique, on découvre que ce petit stylo à 1€ permet une palette infinie de nuances de bleu, de la pression la plus légère à l'encre la plus dense. Que la précision du trait peut atteindre des niveaux de détail impressionnants. Que ce qu'on prenait pour une limitation devient en réalité une richesse.
C'est peut-être ça, finalement, le message que je veux faire passer à travers mon travail : la beauté peut naître de l'ordinaire. Il n'y a pas besoin d'un matériel exceptionnel pour créer quelque chose d'unique. Il suffit d'un stylo Bic, d'une feuille blanche, et de l'envie de s'y mettre.
En conclusion
Le stylo Bic bleu n'est plus un simple choix technique pour moi. C'est devenu une démarche complète : la simplicité comme principe, l'acceptation de l'erreur comme philosophie, et une vision unifiée de l'humanité comme message.
Et tout ça, à partir d'un objet qu'on a tous dans un tiroir. Si tu n'as jamais essayé de dessiner au Bic, je ne peux que t'encourager à le faire. Prends une feuille. Prends un stylo. Commence. Tu verras où ça te mène.
Envie d'en voir plus ?
Découvre mes dessins au stylo Bic dans la galerie, ou suis-moi sur les réseaux pour les coulisses de mes créations.