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Quand un portrait au Bic est raté : retour sur un échec assumé

Par Mikl ·

Première version ratée du portrait de Robert Leroy au stylo Bic - visage allongé
Première version du portrait de mon grand-père Robert Leroy. Le visage est trop allongé, les yeux ne ressemblent pas. C'est raté.

On parle rarement des dessins ratés. Les artistes montrent leurs réussites, leurs progrès, leurs pièces les plus impressionnantes — mais les ratés, eux, restent souvent enfermés dans un tiroir. Aujourd'hui, je voulais vous parler du mien.

Cette image que tu vois plus haut, c'est mon premier essai du portrait de mon grand-père Robert Leroy. Et il est raté. Pas un peu, pas à moitié : raté. J'ai fini par le recommencer entièrement, et c'est la deuxième version que tu peux voir aujourd'hui dans ma galerie.

L'erreur que je n'ai pas vue venir

Sur cette première version, le visage est trop allongé. Le menton descend trop bas, les traits sont étirés vers le bas, et le résultat donne l'impression que le visage a fondu. À côté de ça, les yeux — qui sont pourtant l'élément qui reflète l'identité d'un visage — ne ressemblent pas. Je les ai complètement ratés, sans m'en rendre compte sur le moment.

Le plus frustrant, c'est que ce n'est ni purement une erreur de crayonné, ni purement une erreur de Bic. C'est un mix des deux : le crayonné était déjà un peu déformé, et j'ai accentué ce plantage au stylo. À chaque couche, j'ai aggravé le problème au lieu de le corriger.

Pourquoi on ne voit pas ses propres erreurs

C'est quelque chose que tous les portraitistes connaissent : quand on dessine, on a souvent la tête dans le guidon. On est concentré sur la zone qu'on travaille à l'instant T, on perd la vue d'ensemble. Et comme le cerveau connaît trop bien la photo de référence, il complète ce qu'on est en train de dessiner avec ce qu'on s'attend à voir.

Résultat : on peut passer plusieurs heures sur un portrait sans voir qu'il dérive. C'est exactement ce qui s'est passé ici. Je ne me suis rendu compte du plantage qu'à la toute fin, quand j'ai pris du recul pour regarder le résultat dans son ensemble. Trop tard.

Sur un portrait, la moindre erreur et le dessin ne ressemble plus à la photo.

Le Bic ne pardonne pas : il faut tout recommencer

Avec un crayon, on aurait pu effacer. Avec une peinture, on aurait pu repasser une couche dessus. Avec le stylo Bic, il n'y a quasiment aucune correction possible. L'encre pénètre les fibres du papier, et même avec les meilleures astuces du monde, on ne peut pas vraiment revenir en arrière.

Une fois l'erreur identifiée, il n'y avait donc qu'une option : tout recommencer. Nouveau papier, nouveau crayonné, nouveau dessin au Bic. Cette fois en restant attentif aux proportions du visage et en travaillant les yeux avec plus de soin. C'est cette deuxième version qui est aujourd'hui en ligne dans ma galerie.

Quand l'erreur se voit dès le crayonné

En règle générale, si un dessin est mal parti, je m'en rends compte dès l'étape du crayonné. À ce moment-là, c'est facile : j'efface et je recommence cette étape. Pas de drame. Le vrai problème, c'est quand l'erreur passe à travers le crayonné — comme sur ce Robert Leroy — et qu'elle ne se révèle qu'une fois le Bic engagé.

C'est d'autant plus piégeux quand il s'agit d'un portrait d'une personne réelle, célébrité ou membre de la famille. Sur mes Animaés, qui sont des personnages inventés de toutes pièces, une erreur de proportion n'est pas grave : ça reste un personnage cohérent, juste légèrement différent de ce que j'avais imaginé. Mais sur le portrait d'une personne qu'on connaît, la moindre dérive se voit instantanément. Le portrait ne ressemble plus à la photo, donc il ne ressemble plus à la personne. Et là, il n'y a plus de demi-mesure : c'est raté.

Que faire d'un dessin raté ?

Beaucoup d'artistes jettent leurs ratés. Moi, non. Je suis très conservateur avec mon matériel et mes œuvres. Je garde tous mes dessins ratés, dans un carton à part. Pas pour les exposer, mais parce qu'ils font partie du chemin. Chaque raté m'apprend quelque chose pour les portraits suivants.

Cette logique de conservation, je l'applique aussi à mon matériel. Je garde tous mes stylos Bic usagés, empaquetés par année dans un carton. Chaque année a son lot, chaque stylo a participé à un ou plusieurs dessins. Quand je regarde ce carton, je vois littéralement le temps qui passe sous forme de stylos vides — c'est une espèce de journal intime fait de tubes en plastique transparent.

Pourquoi montrer ses ratés ?

Si j'ai eu envie d'écrire cet article, c'est parce qu'on voit toujours les œuvres terminées, jamais le travail invisible qu'il y a derrière. Pour chaque portrait que je publie, il y a parfois une version précédente qui n'a pas fonctionné. Et c'est très bien comme ça. Dessiner, c'est aussi savoir reconnaître quand ça ne marche pas, recommencer sans se décourager, et progresser à chaque essai.

Si tu débutes le dessin au Bic et que tu viens de rater un portrait : tu n'es pas seul. Même après des années de pratique, ça arrive encore. Le seul vrai échec, c'est d'abandonner.

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