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Ma méthode pochoir pour transformer une photo en dessin au Bic

Par Mikl ·

Moodboard de sélection de photos pour le portrait au stylo Bic de Jean Cocteau
Le moodboard de sélection : 3 photos de Jean Cocteau à départager avant d'attaquer le portrait.

À chaque fois que je publie un portrait au stylo Bic, on me pose la même question : « Mais comment tu fais pour obtenir un résultat aussi net avec un seul stylo bille ? ». La réponse tient en un mot : le pochoir. Et derrière ce mot, une méthode précise que j'utilise sur chacune de mes œuvres.

Dans cet article, je décortique cette méthode étape par étape, à travers un exemple concret : le portrait au format 16×16 cm de Jean Cocteau qu'on m'a commandé récemment. De la sélection de la photo à la première hachure au Bic, je t'explique tout.

La méthode en vidéo

Avant de rentrer dans le détail, voici la vidéo qui résume les 8 étapes de ma méthode. Si tu préfères lire, scrolle juste en dessous — chaque étape est détaillée par écrit.

Pourquoi le pochoir ? Une évidence en deux temps

Ma méthode est née de la rencontre entre deux choses que j'aime profondément.

D'abord, le street art. J'ai toujours été admiratif du travail des artistes de rue, et dans cet univers, le pochoir est un outil central. Cette manière de simplifier une image en aplats de couleur, de réduire un visage à quelques zones distinctes, m'a immédiatement parlé. C'est graphique, c'est lisible, c'est puissant.

Ensuite, le stylo Bic lui-même. En expérimentant, je me suis rendu compte que je pouvais obtenir environ 4 teintes bien distinctes avec un stylo Bic bleu, simplement en jouant sur la densité des hachures. Pas 50 nuances, pas 100 : 4. Et là, le déclic : 4 teintes, c'est exactement ce qu'il faut pour faire un pochoir lisible. La contrainte technique du Bic et l'esthétique du street art se rencontraient pile au bon endroit. Le pochoir s'est imposé à moi naturellement.

Quant au passage par Photoshop, Illustrator et InDesign, là aussi c'est une évidence : je suis graphiste de métier. Ces logiciels sont mes outils du quotidien depuis des années. Il aurait été absurde de ne pas m'en servir pour préparer mes dessins.

Au stylo Bic, on peut obtenir environ 4 teintes bien distinctes. C'est exactement ce qu'il faut pour faire un pochoir lisible.

Étape 1 — Choisir la bonne photo (et toujours en sélectionner plusieurs)

Première règle, et la plus importante : toutes les photos ne sont pas compatibles avec la méthode pochoir. Je sélectionne donc toujours 2 ou 3 images, parce que je sais à l'avance que certaines ne fonctionneront pas une fois passées à la moulinette numérique.

Les critères qui rendent une photo incompatible :

  • La mauvaise qualité d'image : trop floue, trop pixellisée, et la vectorisation ne rendra rien.
  • Le manque de contraste : si la photo est trop uniforme, on se retrouve avec un gros pâté sombre sans détails. Sans contraste, pas de pochoir possible.
  • Un éclairage trop frontal : sans zones d'ombre marquées, le visage perd son volume et le portrait devient plat.

Pour Cocteau, j'ai retenu 3 portraits photographiques au départ, avant de trancher pour celui qui offrait le plus de matière : un visage légèrement de profil, fortement éclairé d'un côté, avec une expression intense.

Étape 2 — Préparer la photo dans Photoshop

Une fois la photo choisie, je l'ouvre dans Photoshop pour la préparer. Pas de préréglage tout fait : je joue surtout avec les Niveaux, qui me permettent d'ajuster l'image exactement comme je le veux, en remontant les noirs, en creusant les blancs et en gérant la zone de gris intermédiaire.

Je passe aussi systématiquement mes images en noir et blanc. Je trouve le noir et blanc bien plus fort qu'une image en couleur — c'est d'ailleurs probablement une des raisons pour lesquelles le bleu Bic unique m'a tant parlé. À ce stade, je commence déjà à voir le rendu final dans ma tête.

Photo source en noir et blanc de Jean Cocteau utilisée pour le portrait au stylo Bic
La photo de Cocteau retenue, après passage en noir et blanc et réglages de Niveaux dans Photoshop.

Étape 3 — Vectoriser dans Illustrator (le moment magique)

C'est mon étape préférée. Je passe l'image dans Illustrator et j'utilise la fonction « Vectorisation de l'image ». C'est là que la photo devient enfin un pochoir.

Mes paramètres :

  • Je commence par 3 couleurs : cela définit déjà très bien le visage et la structure générale.
  • Puis j'en ajoute une quatrième : c'est ma palette de teintes définitive, qui correspond exactement aux 4 nuances que je sais reproduire au Bic.

Une fois la vectorisation lancée, l'image se simplifie en aplats de gris parfaitement distincts. C'est à ce moment précis qu'on voit l'image version pochoir apparaître à l'écran.

Capture d'écran Illustrator de la vectorisation du portrait de Jean Cocteau en 4 niveaux de gris
La vectorisation dans Illustrator : la photo de Cocteau réduite à 4 teintes distinctes. Voilà mon pochoir.

Étape 4 — Simplifier et unifier les traits

Toujours dans Illustrator, je repasse sur l'image pour redessiner certains traits. La vectorisation automatique fait du bon travail, mais elle peut laisser des contours hachés, des petites zones parasites, des détails inutiles. Je nettoie tout ça pour obtenir un rendu cohérent et lisible.

C'est une étape qui demande de l'œil et un peu de temps, mais elle fait toute la différence sur le résultat final. Le pochoir doit être propre, sinon le crayonné et le Bic vont accumuler les imperfections.

Étape 5 — Mise en page dans InDesign

Mon pochoir est prêt, mais il est encore au format numérique. Je passe alors dans InDesign pour adapter l'image au format final du papier. Dans le cas de Cocteau, c'est un format 16×16 cm.

C'est aussi à cette étape que je prépare le quadrillage qui me servira de guide pour reproduire l'image au crayon sur le papier. On y vient juste après.

Étape 6 — Tracer le quadrillage sur le papier

Le papier sort ici. J'utilise un papier aquarelle 300 g, qui a la solidité nécessaire pour supporter les centaines de hachures au Bic sans se déformer ni se déchirer.

Pour un format 16×16 cm, je découpe en cases de 4×4 cm — soit une grille de 4×4 cases. Mais je ne m'arrête pas là : je trace aussi les diagonales de chaque case. Ça peut sembler superflu, mais c'est en réalité un point crucial de la méthode.

Pourquoi les diagonales ? Parce qu'elles divisent chaque case en 4 triangles, ce qui me donne 4 fois plus de points de repère pour placer précisément les contours de l'image. Quand je dois reporter une ligne courbe ou un détail du visage, le triangle dans lequel la ligne passe me donne une indication beaucoup plus fine que la simple case carrée. Résultat : moins d'erreurs de proportions, et un crayonné plus fidèle au pochoir.

Quadrillage tracé sur papier aquarelle 300g avec diagonales pour le portrait au Bic
Le quadrillage 4×4 avec diagonales tracé sur mon papier aquarelle 300 g. Chaque case devient 4 triangles, soit autant de repères supplémentaires.

Étape 7 — Reproduire l'image au crayon

Le quadrillage est en place, c'est l'heure du crayonné. Je reproduis le pochoir case par case, en m'aidant des diagonales pour placer les contours avec précision.

Pas de règle absolue, mais la plupart du temps je commence par le contour général du visage, puis je rentre progressivement dans les détails. Pour l'outil, j'utilise un simple criterium HB — de chez Bic, bien entendu 😉. La cohérence jusqu'au bout du processus, c'est important.

Crayonné du portrait de Jean Cocteau réalisé case par case sur le quadrillage diagonal
Le crayonné de Cocteau en cours : on voit encore les lignes du quadrillage diagonal qui m'ont servi de guide.

Étape 8 — Sortir les Bics

Et enfin, le moment qu'on attendait : j'attaque au stylo Bic bleu. C'est la phase la plus longue, et celle qui m'a fait écrire un article entier sur la question du temps passé sur un portrait — si ça t'intéresse, tu peux le retrouver ici : Combien de temps pour réaliser un portrait au Bic ?.

Je commence toujours par les zones les plus sombres et je remonte progressivement vers les plus claires. Le fond, je le garde pour la fin. Et chaque hachure, après les heures passées sur Photoshop, Illustrator, InDesign, le quadrillage et le crayonné, devient juste l'aboutissement d'un long processus de préparation.

Pourquoi cette méthode et pas une autre ?

Je vais être honnête : je ne suis pas un grand dessinateur. Je suis autodidacte. Avant de trouver ma méthode, j'ai passé du temps sur internet à décortiquer toutes sortes de techniques de dessin, à tester, à abandonner, à recommencer. Celle-ci est celle qui me convient le mieux, parce qu'elle combine mes outils de graphiste, mon amour du street art et les contraintes spécifiques du stylo Bic.

Je suis profondément admiratif des dessinateurs qui réalisent des portraits à main levée, sans repère, sans quadrillage, juste avec leurs yeux et leur main. C'est un talent qui me bluffe et que je n'ai pas. Ma méthode pochoir, c'est ma manière à moi de contourner cette limite et d'arriver malgré tout à un résultat qui me plaît — et qui, j'espère, plaît à ceux qui me commandent un portrait.

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